Un témoignage poignant

 Que penser, à la lecture de ce témoignage joint, de ceux qui ont permis que de telles choses arrivent?

Attristant et révoltant.

 

Préambule de l'AIRAP

Vous trouverez ci-dessous le courrier que Monsieur Richard Lambert, expert en avalanches, nous a demandé de lire lors de notre réunion publique du 12 août 2015 tenue au Majestic à Chamonix..

Nous le faisons sans l’ombre d’une hésitation, ayant la conviction :

- d’aider ainsi à la reconnaissance par ceux qui ont suivi nos actions de ses qualités exceptionnelles, compétence professionnelle reconnue à l’échelle européenne, sens de l’engagement et intégrité intellectuelle, courage. Ces qualités, celles que l’on attachait en d’autres siècles au qualificatif de l’« honnête homme » et qui sont aujourd’hui bien peu répandues chez ceux qui nous gouvernent, nos élus essentiellement, nous les avons appréciées, sans la moindre faille, dans le cadre des relations professionnelles qui ont été engagées par l’AIRAP avec lui.

- d’aider à la prise de conscience par chacun de son propre positionnement moral dans ces questions sensibles où l’intérêt personnel, et non l’intérêt public, sous-tend d’une manière plus ou moins explicite beaucoup des positions prises dans ce domaine des avalanches comme dans tant d’autres domaines dans notre pays.

A Jean-Claude BOURDAIS, président de l’AIRAP, le 29 juillet 2015

Monsieur le président,

Le PPRA de Chamonix a été approuvé définitivement fin mai 2015. Par un message général le 23 juin 2015, vous rappelez vos 8 années d’actions. En fait, je pense que votre « combat » a commencé en 2003, après le procès de l’avalanche de Montroc.

Je souhaite puisqu’on en est à l’heure des bilans, que les adhérents et sympathisants de l’AIRAP, et aussi la presse, connaissent la vérité sur ce qui s’est réellement passé pour l’homme qui a bien voulu vous conseiller dans des moments difficiles pour vous, en particulier de 2003 à 2008. Aussi je vous demande de bien vouloir lire cette lettre à l’Assemblée générale de l’AIRAP.

Personnellement en regardant cette douzaine d’années, je ressens une profonde amertume et une réelle colère.

La défiance tenace à mon égard des services de l’Etat (DGPR, DDT74, RTM74) , de certains milieux professionnels et de nombre d’élus de montagne est injuste, injustifiée, et a eu des conséquences graves sur ma vie professionnelle. Mais c’était le but recherché ! Parce que je vous ai aidés, et que je vous ai donné une certaine crédibilité sur le plan technique, on m’a d’abord attaqué sur ma compétence. Quand mes arguments se sont révélés justes, inattaquables, corroborés par d’autres « experts » (Cemagref Etna, experts BBCM), alors on m’a marginalisé, ostracisé. On voulait me faire payer. Pourquoi ? Parce qu’on ne pouvait pas directement vous attaquer vous, les 3 fondateurs de l’Airap, car vous étiez parents de victimes ; alors on a fait payer celui qu’on a appelé « l’expert de l’Airap ».

En août 2007, j’ai osé révéler des erreurs, parfois lourdes, dans le projet de PPRA de l’Etat. C’était avec le rapport déposé conjointement par l’Airap et moi-même, lors de l’enquête publique. Cela a agacé les services de l’Etat, directement visés, et n’arrangeait pas forcément la commune de Chamonix.

Par exemple, pour les limites réelles de l’avalanche des Pélerins (= avalanche du tunnel du Mont blanc), il me fut opposé par le chef du service Urbanisme-Aménagement de la mairie de Chamonix que d’autres experts consultés sur ce secteur n’avaient pas du tout la même approche pessimiste que la mienne. Il est vrai que « ma » limite se trouvait près de 300 m plus en aval que celle donnée par le RTM de Haute-Savoie !! Or dans le PPRA de 2015, la limite validée officiellement et définitivement, est (à quelques petits mètres près) celle que j’avais définie en mai 2008…

Il est juste de rappeler que depuis cette époque où j’étais très contesté parce que je dérangeais, plusieurs professionnels ont reconnu mon expertise et ont dû me rejoindre dans mes analyses, en particulier les 4 experts du groupe BBCM.

Vous le savez, à cause de ma « proximité » suspecte avec votre association, à cause aussi d’animosités solides de la part d’hommes politiques assez puissants (et pas de la vallée !!), je n’ai jamais été reconnu et admis dans le collège d’experts dont j’avais lancé l’idée dès 2007. Mais avant que ce collège ne soit nommé par l’Etat en 2012, il y a eu un épisode important que l’Administration française veut passer sous silence. En octobre 2011, la DGPR et le Préfet 74 m’ont demandé de faire un rapport d’expertise sur les fameux 44 couloirs d’avalanches. Ce rapport, que je leur ai rendu 3 mois plus tard le 5 janvier 2012, a servi de point de départ au groupe BBCM (NB. 8 autres couloirs ont été rajoutés à leur mission, par leur comité de pilotage). Dans ce groupement, 3 experts sur les 4 sont des amis. Et l’Administration ne voulait pas que je les influence (sic : conversation téléphonique avec le chef de la cellule risques de la DDT!). Comme si des personnes de ce niveau pouvaient se laisser influencer ou pervertir, même au nom de notre amitié …

Vous connaissez la suite : en particulier, ils ont osé aller encore plus loin que moi pour certaines zones jaunes (Grépon, Blaitière…) (ce qui a fortement déplu ici !!).

Je n’avais donc pas tort, c’est le moins que l’on puisse dire. Alors, que tout le monde sache que sur le site internet officiel de la DDT 74 et dans la note de présentation du PPRA de Chamonix- mai 2015 (page7) mon rapport de 184 pages (daté du 5 janvier 2012) et sa place dans le processus de révision du PPRA sont volontairement occultés. La mission BBCM est mise en avant, mon travail, lui, est strictement passé sous silence, en dépit de mes réactions et demandes en particulier lors de l’Enquête Publique de mars 2015.

En France, on n’aime pas les gens impartiaux et indépendants : ils sont jugés incontrôlables. En France, on n’apprécie pas la vérité et ceux qui l’apportent dérangent ; et pire encore on déteste le courage : on cherche à briser les gens qui ne sont pas dans la norme, dans le moule, et qui ont osé contester les « autorités ».

A ce prix, l’Airap a pu se rendre crédible et a pu être entendue, vous en avez le résultat, au-delà de vos espérances peut-être. C’est là sans doute un point sur lequel je ne peux vous suivre mais c’est un autre débat et ce n’est pas le sujet de ce courrier.

Je ne regrette pas mon impartialité et ma totale indépendance. Je ne regrette pas de vous avoir permis d’être entendus (d’avoir contribué à ce que vous soyez entendus) mais je déplore les conséquences que les gens de pouvoir, à quelque niveau que ce soit, m’ont imposées en retour.

Avec mes sincères salutations.

Richard Lambert

Expert en avalanches

Extrait de la note de présentation du PPRA de Chamonix- mai 2015, page 7 :

Publié par AIRAP , le 16 août 2015

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