1-Un automate d’alerte ?      oui, bien sûr

                                           mais pas n’importe comment…

 de Montroc-Chamonix, 1999, 12 morts …à Val Thorens, 2025, 1 mort, quelle tristesse !

Deux drames qui expliquent pourquoi, depuis sa création en 2005, l’AIRAP a activement cherché à ce que des automates d’alertes soient installés dans les communes exposées au risque d’avalanche en secteurs habités.

Ces deux drames témoignent, à des périodes différentes, de cette absence de culture du risque. Au-delà des mots, les faits parlent. Ils sont présentés ci-dessous  en trois étapes:

  • 1° Chamonix, 1999 et après

    • 1999, « j’ai la situation bien en mains » avait annoncé à la radio locale le maire de l’époque (curieusement ce message a disparu très vite des archives de la station, mais un auditeur très fiable a témoigné…).
    • A l’époque, il n’y avait pas de système d’alerte organisé. On ne pouvait donc pas alerter mais seulement prévenir.
    • Comment prévenir du risque ou être prévenu :

Le bouche à oreille, le téléphone, un message des voisins. Mais en période de grosse neige, qui sait qui, parmi les résidents secondaires, occupe son chalet ?  Dans la réalité, 5 des 17 chalets détruits étaient occupés, avant-veille des vacances scolaires. On prévient donc ses voisins, résidents permanents. Ils l’ont été. Mais il n’y a pas d’alerte. Et à ceux qui appellent la mairie pour savoir quoi faire, on dit : restez chez vous !

  • 2006 – premières recherches de l’AIRAP pour savoir comment l’information  sur un risque potentiel est signalé dans un environnement menacé. Gilbert Delaunay, vice-président et ancien président de l’AIRAP à cette époque, résidant dans une zone d’alerte de risque nucléaire sait comment se passent les choses à Gonfreville l’Orcher.
  • Une rencontre est organisée avec le maire d’Albertville, qui, conscient du risque inondation dans sa ville, a mis sur pied un système efficace, automatisé, et donc rapide à mettre en oeuvre auprès d’un grand nombre de personnes en cas d’urgence.
  • Les contacts sur ce sujet avec la mairie, pris dès 2008 débouchent en 2012, (après des échanges parfois un peu tendus avec la mairie de Chamonix), sur un outil permettant ces avertissements par téléphone et en instantané vers plusieurs milliers de personnes.

les points essentiels attendus du système

  • La rapidité de la transmission de l’information : passer de quelques centaines de personnes averties en une heure (ancien système) à plusieurs milliers en instantané.
  • L’exhaustivité de la transmission des alertes

Veiller à ce que tous puissent être informés, en particulier les résidents secondaires. Que ce soit à Val d’Isère, Chamonix ou Val Thorens, ce sont eux généralement qui sont les victimes les plus fréquentes.

Pourquoi ?

  • Ils n’ont pas la même expérience de la montagne
  • Leurs logements sont plus fréquemment construits dans des secteurs mal ou insuffisamment cartographiés (la pression de l’or blanc…).
  • A Chamonix, une majorité des chalets détruits étaient en zone blanche…les cartes d’avalanches illisibles et incomplètes
  • Ils ne sont pas avertis du danger imminent

Comment faire ?

La demande de l’AIRAP était claire : que la mairie écrive en recommandé avec AR à chaque propriétaire, principal et secondaire, d’un logement en secteur d’avalanche pour lui préciser la situation de son logement face à ce risque, et l’informer sur :

  • :
  • Ce qu’il y aura lieu de faire en cas d’alerte
  • Le lieu d’accueil en cas d’ordre d’évacuation
  • Mais aussi et surtout
    • Lui demander de s’inscrire à l’automate d’alerte en précisant le numéro attribué au logement dans lequel il réside et en indiquant son numéro de téléphone personnel
    • Lui demander les dates de son séjour
    • Lui recommander l’affichage de ces informations (3 feuilles) en un lieu visible par tous à l’intérieur du logement de manière à ce que chacun des occupants, propriétaire, enfants, amis, locataires, puisse s’inscrire(en français et en anglais)                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             Ainsi, les messages d’alerte seront transmis en instantané par téléphone de toutes manières au propriétaire mais aussi aux occupants ponctuels du logement

Cette méthode est mise en œuvre par les mairies de Chamonix, Les Houches et Vallorcine, depuis 2012 pour Chamonix.

            2015 – Le cas particulier des PIDA

Ces déclenchements préventifs pour sécuriser les pistes sont interdits au-dessus des secteurs habités. On le conçoit aisément. Néanmoins, la sagesse veut que dans certains cas et lieux, il soit dérogé à cette règle au-dessus de secteurs habités. Le cas du Brévent, premier couloir d’avalanches d’Europe en termes de danger pour les habitations, le justifie. L’AIRAP, qui s’étonnait de cela, en a compris l’utilité pratique.

Il est alors bien sûr impératif que soient sécurisés les espaces susceptibles d’être atteints par ces avalanches provoquées.

L’AIRAP est intervenue auprès de la mairie de Chamonix en diverses occasions pour faire en sorte que soient pris en compte trois types de risques d’incidents possibles :

– premier risque, utiliser l’automate d’alerte pour prévenir la population résidant dans le couloir d’avalanche d’un déclenchement programmé. Cela est fait dorénavant systématiquement.

– deuxième risque : l’accès à la zone doit être interdit aux véhicules et piétons pendant les périodes de tir. Cela est fait systématiquement.

–  troisième risque : une des personnes en charge des accès est absente. Le responsable du tir s’informe systématiquement de la présence effective des personnes en charge de la surveillance.

Signalons que dans le cadre de ces PIDA, la mairie, pour le Brévent, a pris la bonne décision de déclencher ses tirs en deux fois pour permettre de purger d’abord la partie basse du couloir puis la partie haute afin de minimiser le risque de grosse avalanche.

Toutes ces mesures sont de simple bon sens et l’AIRAP a pu apprécier la manière dont elles ont été mises en œuvre, à la suite de points réguliers dans un climat d’ouverture, d’échange et d’écoute. L’intelligence collective au sein d’une commune, dès lors que la volonté des acteurs, le maire, bien sûr en premier car responsable de la sécurité dans sa commune, est présente. Elle amène naturellement à ces décisions. A condition de s’en occuper….

            2025, Val Thorens

Des échanges avec la mairie, il ressort que l’automate d’alerte existait à Val Thorens depuis plusieurs années, identique à celui de Chamonix, mais que son utilisation était très défaillante

  • Inscription en petit nombre des personnes, essentiellement résidents principaux (autour de mille pour toute la commune). Il n’y a pas eu de politique efficace pour informer l’ensemble des propriétaires
  • Pas de méthode pour avertir la population principale et secondaire en instantané
  • Les hébergeurs, en nombre particulièrement importants à Val Thorens, sont avertis via l’Office du Tourisme, lui- même averti par message par la mairie.
  • Quant aux hébergés, ils ne pouvaient être sensibilisés par leurs hébergeurs, ces derniers n’étant pas destinataires d’un mode d’emploi efficace à l’instar de celui adressé par Chamonix. Par exemple, les syndics de copropriété ont reçu comme consigne d’afficher dans les parties communes toutes les instructions nécessaires évoquées plus haut.
  • Et il s’agit alors de savoir quand le déclencher mais ceci est un autre sujet, aussi mis au point à Chamonix avec la présence active de l’AIRAP.
  • Le résultat est bien là : le 17 avril, une victime de l’insuffisance de l’organisation de la prévention aux Belleville.

Ce jour-là, le « retour d’est » avait œuvré mais il fallait absolument que les pistes soient prêtes pour ne pas risquer de perdre un chiffre d’affaires important pendant le long week-end de Pâques qui approchait. Avec une si bonne neige ! Donc dépêchons-nous de purger les couloirs répertoriés., là est l’essentiel.

Perdre sa vie pour la gagner est un choix. Mais choix personnel assurément, qui ne peut être fait pour d’autres.

Mais comme on le dit souvent, le temps c’est de l’argent.

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